La Famille Seigneuriale des Pagan

Le comté de Vienne, qui s’étendait aussi en Haut-Vivarais, a été rattaché en 1032 au Saint Empire Romain Germanique. Fief de l’archevêque de Vienne, le comté a été concédé à deux familles de vassaux en pleine ascension : les Comtes d’Albon-Viennois au sud et les Comtes de Maurienne au nord, afin d’en assurer la défense face aux invasions (arabes, vikings), de lever les impôts et de rendre la justice.

Les comtes d’Albon sont de puissants seigneurs car ils détiennent également le Briançonnais en fief direct de l’empereur et cherchent à annexer le Grésivaudan pour se constituer un territoire continu. Ils ont leurs propres vassaux qui soit exercent le rôle de châtelain dans leurs châteaux, soit sont des seigneurs alleutiers leur rendant hommage tels les Pagan de Mahun en Vivarais Viennois.

Naissance d’une seigneurie puissante

Sans doute riches propriétaires terriens (alleutiers) reconnaissant comme suzerains les Comtes d’Albon-Viennois, les Pagan de Mahun sont déjà à l’orée du XIIème siècle des seigneurs influents du Haut-Vivarais puis qu’ils contrôlent déjà les mandements de Mahun (une partie de Satillieu, Saint-Symphorien-de-Mahun, Veyrines, Lalouvesc, Saint Pierre-sur-Doux, la partie sud-est de la vallée de la Vocance de Saint-Bonnet-le-Froid à Villevocance) et de Seray (une partie de Satillieu, Préaux, Vaudevant, Saint Jeure d’Ay).

Pour limiter la puissance des comtes d’Albon dans ses domaines et/ou afin de créer des alliances politiques avec les puissantes abbayes de l’époque dans le Viennois et le Velay voisin, Aymon Pagan de Mahun donne des églises dotée de terres :
– en 1090 à l’abbaye Saint-Barnard de Romans don de l’église Saint-Maurice de Vaudevant (Cartulaire de Saint-Barnard de Romans),
– après 1090 à l’abbaye Saint-Chaffre du Monastier-sur-Gazeille don de l’église de Sainte-Marie de Veyrines (Cartulaire de Saint-Chaffre).

Au XIIème siècle la famille seigneuriale vivaroise fait partie des grands vassaux des Comtes d’Albon qui ont pris le titre de Dauphins du Viennois, à ce titre les Pagan de Mahun sont cités dans certains actes en tant que témoins ou fidéjusseurs de leur suzerain.

Baronnie mouvante entre Dauphiné, Valentinois et Forez

A la fin du XIIème siècle, d’après Pierre-Yves Laffont, la famille Pagan de Mahun étend sa domination sur « tout le versant sud-ouest du Massif du Pilat et sur les hautes vallées du Haut-Vivarais occidental, du bassin supérieur de l’Ay, à l’est, jusqu’à Marlhes, en Velay, à l’ouest ». En effet grâce au riche mariage d’Aymon II Pagan de Mahun en 1168 avec Béatrice l’héritière de la seigneurie d’Argental dans le dernier tiers du XIIème siècle les Pagan de Mahun prennent le contrôle des castrum et des mandements d’Argental (Vanosc, Burdignes, Saint-Sauveur-en-Rue, Bourg-Argental et La Versanne) et La Faye (Riotord, Marlhes, Saint-Régis-du-Coin et Saint-Genest-Malifaux).

En 1243 un accord de paix est signé entre Philippa de Fay de Chapteuil comtesse de Valentinois, et Guigue III Pagan seigneur de Mahun qui lui rend hommage pour le château et la seigneurie de Mahun. Héritière notamment de la seigneurie du Mézenc, la comtesse par alliance Philippa symbolise la stratégie d’extension territoriale de la famille comtale du Valentinois dans le Vivarais étant donné son impossibilité de s’étendre outre-Rhône en raison de la puissance politique des Dauphins du Viennois. La seigneurie de Mahun a peut être été rachetée par les comtes du Valentinois au Dauphin, comme ils avaient repris en fief des Comtes de Toulouse en 1239 les castrum de Lac, Mézhilhac, Montlaur, Saint-Agrève…

En 1293 remise par Guigue IV Pagan seigneur d’Argental et de La Faye, au dauphin de Viennois Humbert 1er dont il était le vassal et l’homme lige, des châteaux et mandements en question ainsi que du château de Montchal qui est un arrière-fief de celui d’Argental. Dès 1296 ces fiefs changent de suzerains puisqu’ils font partie de la dot d’Alice la fille du Dauphin qui épouse Jean, le comte de Forez.


Carte tirée de « Mentalités nobiliaires en Vivarais au XIVe siècle : la succession de Briand de Retourtour » par Marie-Claire CHAVAROT

Apogée et extinction de la famille des Pagan de Mahun

Restée sans descendance Béatrix de Pagan d’Argental épouse de Jacquemet de Jarez fait son testament en faveur de son petit-cousin Guigues V Pagan de Mahun après avoir successivement testé en faveur de son oncle paternel Aymon IV Pagan de Mahun puis du fils de ce dernier Jean Pagan de Mahun. La réunion des deux branches de la famille a permis de constituer une seigneurie de très grande ampleur s’étendant de la vallée du Rhône au Mézenc en contrôlant les mandements de Seray, Mahun, Vocance, Argental et La Faye sans compter des castrum isolés tel le château de Montchal.

Sans enfants légitimes, Guigues V Pagan lègue en 1363 ses seigneuries et toutes ses propriétés à son cousin germain Briand de Retourtour qui est déjà riche de seigneuries au sud et à l’ouest des fiefs des Mahun, devient un personnage incontournable de la noblesse du Haut-Vivarais. Après avoir eu tardivement une dernière héritière nommée Aélis, le seigneur de Retourtour la promet en mariage à la famille de Tournon avant de décéder en 1379. Si la famille de Tournon ne possède pas un grand nombre de seigneuries (Tournon, Tain, Serrières), elle est riche de son allégeance précoce (depuis Philippe-Auguste en tant que vassal direct) et de sa fidélité au roi de France. Cela leur permettra de de mettre la main, sur plupart des seigneuries du double héritage Pagan – Retourtour au terme de 28 ans de procédures judiciaires contre les co-héritiers que sont les Crussol, la fille aînée et la veuve de Briand de Retourtour et ce malgré la mort vers 10 ans de la future épouse de Jacques de Tournon !